Visite de Bénédicte Linard, Vice-Présidente Gouvernement FWB28/09/2021

Etats généraux du livre en langue française dans le monde, coopération culturelle et cinématographique, droits humains, médias et régulation audiovisuelle étaient inscrits au programme de visite, à Tunis ce 24 septembre, de Bénédicte Linard, Vice-Présidente du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Ministre de l’enfance, de la santé, des droits des femmes, de la culture et des médias. 
 
Sur les Etats généraux du livre en langue française, à Tunis 
Membre de son comité organisateur, la Fédération Wallonie-Bruxelles s’est activement engagée dans les travaux des Etats généraux du livre en langue française qui se sont tenus à Tunis ces 23 et 24 septembre.  Largement entamés en amont, avec une forte mobilisation de la multiplicité des acteurs du livre dans l’espace francophone, ces Etats généraux du livre à Tunis ont conduit à l’adoption de 10 propositions concrètes autour de la promotion du livre et de l’édition numérique. La Déclaration commune adoptée en clôture des Etats généraux, signée à Tunis par les trois ministres français, tunisien et belge de la culture présents, Roselyne Bachelot, Habib Ammar et Bénédicte Linard, et six autres ministres à distance, formule dix recommandations de suivi à l’adresse du Sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement de la Francophonie qui se tiendra à Djerba en novembre prochain. 
Bénédicte Linard a salué l’initiative de ces Etats Généraux du livre et a remercié l’Institut français, le comité organisateur qui a pu coordonner le travail de fond et opérationnel depuis de longs mois, ainsi que l’accueil par le ministère des affaires culturelles tunisien, dans un délai record et un contexte sanitaire difficile. Une douzaine de professionnels du livre Wallonie-Bruxelles se sont par ailleurs joints aux travaux des Etats généraux, en présentiel ou à distance.  
Lors des sessions plénières des Etats généraux, la ministre Linard a rappelé que le renforcement de l’accès à la culture en général est une priorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La culture est essentielle dans une société démocratique, aussi en tant que vectrice d’émancipation, d’échanges et de partages, de réflexion et porteuse de sens. La démocratisation de l’accès au livre et à la lecture participe ainsi à cette volonté d’accroitre l’accès à la culture pour toutes et tous. 
Sur le plan économique, partout dans le monde, le secteur du livre a été fragilisé ces dernières années par les changements induits tant par le numérique sur les modes de production, de promotion, de commercialisation et de consommation de l’écrit, que par la mondialisation économique et l’émergence de macro-opérateurs internationaux, et, plus récemment encore, par la crise sanitaire. 
Face à ce double contexte et enjeu, Bénédicte Linard a exposé à Tunis sa politique du contrat de filière, laquelle a pour objectif d’élaborer et de mettre en œuvre de manière concertée un soutien stratégique à une filière professionnelle, et de faire du livre et de la lecture une cause commune déterminante. Le Contrat pour la filière du livre en Fédération Wallonie-Bruxelles articulera ainsi différents engagements et actions des pouvoirs publics vis-à-vis du secteur autour des priorités que sont la démocratisation et le développement des pratiques de lecture et d’écriture, l’accès aux nouveaux marchés, l’innovation, la professionnalisation et le renforcement des liens interprofessionnels ainsi que la promotion des acteurs et des activités de la filière. 
 
Sur la coopération bilatérale dans son soutien à la démocratie en Tunisie
Avec le ministre Habib Ammar, il a été procédé à un tour d’horizon de la coopération culturelle entre la Tunisie et la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette coopération s’articule aussi, dans la mesure du possible, avec les politiques et programmes de la coopération multilatérale, comme c’est notamment le cas avec le programme de développement et d’appui aux acteurs culturels en Tunisie, Tfanen, sur financement de l’Union européenne et par la mise en œuvre d’EUNIC.
Le programme « Tunisie en mouvements » a été lancé par Wallonie-Bruxelles international en 2020 et offre, autour de quelque 35 projets, autant d’opportunités de rencontres entre acteurs culturels, sociaux, académiques et de la société civile en Belgique et en Tunisie. Une volonté est également partagée entre la Tunisie et Wallonie-Bruxelles de mieux œuvrer ensemble sur les politiques culturelles, dans leurs dynamiques démocratiques et participatives, à l’instar de projets fédérateurs de développement territorial de la culture.  
La ministre rappelait que la culture demeure un secteur fragile dès lors qu’il ambitionne de promouvoir la diversité de la création et l’égal accès des citoyennes et des citoyens. La culture rejoint des valeurs démocratiques essentielles auxquelles les ministres de la culture se doivent de réaliser leur attachement.
Dans une approche de coopération plus structurante, l’accord de coproduction cinématographique Tunisie / Fédération Wallonie-Bruxelles a été abordé dans une perspective de révision mieux adaptée aux besoins des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel. Ce projet de révision en cours, entre le Centre national du Cinéma et de l’Image (CNCI) et le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, s’inscrit dans un contexte dynamique et reconnu artistiquement du cinéma tunisien, ces dernières années, notamment avec le concours de financements et de professionnels belges.
Au titre de sa compétence dans le secteur des médias, la ministre Linard a rencontré, lors de son séjour à Tunis, Nouri Lajmi, président de la HAICA - Haute Autorité indépendante de la Communication audiovisuelle. En tant que régulateur audiovisuel, la HAICA dispose d’un rôle important en matière d’impulsion, d’orientation et d’accompagnement de la création et production des médias en Tunisie. La coopération institutionnelle et professionnelle établie depuis une dizaine d’années, en parfaite confiance, avec son homologue, le Conseil supérieur de l’Audiovisuel Wallonie-Bruxelles, a été abordée, ainsi que les excellents résultats atteints en 2018-20 par les deux partenaires dans le cadre de l’instrument de jumelage de l’UE, avec l’appui de Wallonie-Bruxelles international. La ministre Linard a réitéré le soutien continu et actif de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux missions de cette instance constitutionnelle qu’est la HAICA, en particulier dans ses objectifs de pluralisme et transparence des médias, de professionnalisation et de garantie de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.
Les questions de pluralisme et des libertés civiles et politiques sont également revenues au centre des discussions lors de la rencontre avec Antonio Manganella, directeur régional d’Avocats sans Frontières (ASF), et Yosra Frawes, ex–présidente de l’Association tunisienne des Femmes démocrates (ATFD) et directrice régionale de la FIDH (FIDH)-Fédération internationale des droits de l’homme.   Dans une situation historiquement complexe, une vigilance des partenaires internationaux aux côtés des institutions démocratiques et de la société civile tunisiennes reste de mise afin de répondre aux mieux aux aspirations démocratiques, sociales et de justice exprimées par la société tunisienne.        
 
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Intervention de Madame Bénédicte Linard, Vice-Présidente du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes à la table ronde " FÉDÉRER ET INNOVER POUR DÉVELOPPER L’ACCÈS AU LIVRE ET À LA LECTURE DE TOUS LES PUBLICS FRANCOPHONES" - Etats généraux du livre en langue française, Tunis, vendredi 24 septembre 2021 
 
 
Bonjour à toutes et à tous, en vos titres et qualités,
 
Permettez-moi tout d’abord de saluer l’initiative de ces Etats Généraux du livre et de remercier l’Institut français et le comité de pilotage qui coordonnent son opérationnalisation depuis de longs mois. Permettez-moi de remercier également Monsieur Habib Ammar, ministre du Tourisme et des Affaires culturelles, la cité de la Culture et les équipes tunisiennes pour l’accueil qui nous est réservé dans un délai record et un contexte sanitaire difficile.
 
Le renforcement de l’accès à la culture en général est une priorité de La Fédération Wallonie-Bruxelles. La culture est essentielle dans une société démocratique. Elle offre non seulement des espaces de respiration, des moments de plaisir, qui ont d’ailleurs été indispensables dans la crise sanitaire et les différents confinements que nous avons connus, mais elle est aussi vectrice d’émancipation, d’échanges et de partages, de réflexion et porteuse de sens. 
La démocratisation de l’accès au livre et à la lecture participe à cette volonté d’accroitre l’accès à la culture pour toutes et tous. Elle constitue un défi majeur en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce territoire qui rassemble les Belges francophones de Belgique, et est un objectif que le Gouvernement s’est donné et entend poursuivre tout au long de la législature. 
Suivant une tendance générale partagée, la lecture, comme pratique culturelle, est en recul en FWB comme ailleurs. Si de nouvelles compétences et de nouvelles pratiques culturelles font aujourd’hui partie du quotidien des jeunes par exemple, l’apport de la lecture en matière de développement de certaines capacités, comme la prise de recul et l’analyse critique, sont indéniables.
Des solutions peuvent être mises en place pour augmenter l’accès à la culture, et plus particulièrement au livre pour toutes et tous dès le plus jeune âge. C’est ce à quoi je travaille et je vais vous en esquisser quelques pistes plus loin dans cette intervention.  
 
Sur le plan économique par ailleurs, comme partout dans le monde, le secteur du livre a été fragilisé ces dernières années par les changements induits tant par le numérique sur les modes de production, de promotion, de commercialisation et de consommation de l’écrit, que par la mondialisation économique et l’émergence de macro-opérateurs internationaux de type Google ou Amazon d’autre part, et, plus récemment, par la crise sanitaire. 
La technicité grandissante des métiers d’auteur et d’autrice, éditeur ou éditrice et libraire, de même que la complexité renouvelée des questions juridiques et financières liées à ces activités sont autant de défis pour les acteurs de la filière. En FWB en particulier, nos maisons d’édition, petites et moyennes, qui présentent des profils contrastés mais doivent toutes concilier exigence de qualité et impératifs commerciaux, ont par exemple difficilement accès à des réseaux efficaces de diffusion et distribution, en particulier à l’exportation. Nos librairies, qui sont pour la plupart des structures de taille réduite, supportent par exemple des frais de transport élevés tout en subissant la concurrence de la grande distribution et d’internet. Des solutions structurelles politiques doivent être trouvées pour soutenir et accompagner les acteurs face à ces défis. 
 
Pour la politique du livre en FWB, le Gouvernement dont je fais partie a donc fait siens les deux enjeux prioritaires suivants que sont le renforcement de l’accès au livre et à la lecture et la pérennisation de la filière économique, qui fait la richesse de notre diversité culturelle. 
Dans sa Déclaration Politique à l’entame de la législature en 2019, mon Gouvernement s’est engagé à « Créer des contrats de filière, impliquant les différents niveaux de pouvoir concernés, dans les secteurs artistiques où de tels contrats de filière s’avèrent pertinents, dont celui du livre ». 
Le contrat de filière a pour objectif d’élaborer et de mettre en œuvre de manière concertée entre les différents niveaux de pouvoir, un soutien stratégique à une filière professionnelle, et de faire du livre et de la lecture une cause commune déterminante, dont chaque niveau de pouvoir s’emparera dans le souci du bien commun. 
Le contrat répondra donc à la nécessité d’articuler des moyens humains, budgétaires et de coordonner les interventions tant de l’État fédéral que des Communautés linguistiques, des Régions, des Provinces, voire des communes, chacun dans son domaine de compétences, autour d’objectifs communs, identifiés comme prioritaires par toutes les parties prenantes. 
En cours d’élaboration sur la base d’une proposition du secteur représenté dans le Conseil du Livre (vous aurez l’occasion d’entendre son ancien président Robert Bernard sur le volet Education et Culture),, le Contrat pour la filière du livre en FWB articulera différents engagements et actions des pouvoirs publics vis-à-vis du secteur autour de 6 priorités :
 
1. La démocratisation et le développement des pratiques de lecture et d’écriture
2. L’accès aux nouveaux marchés 
3. L’innovation 
4. La professionnalisation et la structuration des activités 
5. Le renforcement de l’interprofession et l’articulation des ressources 
6. La promotion des acteurs et des activités de la filière 
 
Tel qu’évoqué précédemment et dans le cadre des thèmes abordés par ces états généraux, permettez-moi de mettre l’accent sur quelques points forts de notre politique du livre, points forts qui trouveront bien entendu une amplification à travers le futur Contrat de filière dont je viens de parler.
Tout d’abord la démocratisation de l’accès au livre et le développement de la lecture, thèmes de cette table ronde, qui se concrétisent par différents dispositifs fructueux mis en place depuis de nombreuses années et qui ont été renforcés sous mon mandat. Citons le dispositif Auteurs en classe qui permet aux élèves de rencontrer une autrice ou un auteur et de découvrir son œuvre avec un intérêt renforcé,, la campagne annuelle de sensibilisation intitulée La Fureur de Lire en partenariat avec le réseau de lecture publique de la FWB et avec les librairies indépendantes, ainsi que son concours “Petite Fureur” qui propose aux enfants et jeunes de 3 à 13 ans de prolonger par une création artistique la lecture d’un livre choisi parmi des ouvrages sélectionnés, ses Plaquettes de nouvelles écrites par nos auteurs et autrices et largement diffusées dans les lieux culturels, la création de « Parcours Lecture » offrant aux enfants et professionnels dans les crèches et les écoles, un livre adapté au niveau scolaire de l’enfant réalisé par nos auteurs/ illustrateurs et accompagné d’une carnet d’exploitation pédagogique pour l’enseignant,  le soutien à l’opération Tout le monde lit initiée par nos éditeurs jeunesse, instaurant un quart d’heure de lecture dans les classes lors de la Journée mondiale du livre, le développement pour les enseignants d’une offre de formation continue relative à la littérature de jeunesse et le portail pédagogique Objectifs Plumes qui rassemble nombre d’auteurs et d’autrices belges à destination des enseignantes et enseignants.
Deux dispositifs plus globaux se mettent aussi en place en Fédération Wallonie-Bruxelles : le PECA, parcours d’éducation culturelle et artistique, au sein des écoles et l’Eveil culturel dans les crèches qui ont pour objectif d’accroitre la place de la culture dans le parcours de toutes et tous et ce dès le plus jeune âge.
Autre élément central dans la politique du livre au cœur du futur Contrat de filière : la professionnalisation des acteurs de la chaine du livre.
Comme l’indique très justement le Cahier des propositions de ces Etats généraux, la structuration et la professionnalisation de la filière du livre sont indispensables au développement d’un secteur éditorial pérenne au sein des pays et à l’établissement d’échanges internationaux nécessaires à l’évolution de son industrie et à son rayonnement. 
Le marché de l’édition et de la diffusion du livre en FWB est principalement composé de microentreprises largement concurrencées par le professionnalisme et les moyens des acteurs du marché français voisin. Nos exportations occupent pourtant plus de 70 % de notre marché, ce qui appuie le besoin de collaboration et d’échanges entre états et la mutualisation des expertises.
Le futur Contrat de filière amplifiera des mesures existantes et en proposera de nouvelles en matière notamment de formations, pour optimaliser le référencement des ouvrages, pour favoriser la production et la diffusion de contenus numériques ou encore pour améliorer la gestion de métadonnées. Il s’agira aussi de favoriser, par exemple, la participation des acteurs du livre à des programmes internationaux facilitant les échanges commerciaux.
 
Pour mettre en place nos politiques culturelles, et notre politique du livre en particulier, la concertation sectorielle est tout à fait centrale. Des outils ont été mis en place en FWB à cette fin. 
En effet, d’une part, La FWB a suscité dès 2017 la création du Partenariat interprofessionnel du Livre et de l’Edition numérique, le PILEn, qui réunit des fédérations professionnelles d’auteurs, d’éditeurs et distributeurs, de librairies indépendantes et de bibliothèques publiques (sauf erreur de ma part son président Philippe Goffe et sa coordinatrice Morgane Batoz-Herges sont présents avec nous aujourd’hui), et qui joue un rôle important dans le renforcement de la solidarité entre acteurs de la chaine du livre.  Ce partenaire a pour mission d’accompagner les acteurs du livre dans les évolutions de la chaine du livre en favorisant l’information et la formation, la construction de projets interprofessionnels et de rencontres intersectorielles et le dialogue entre les maillons de la chaine du livre. Cette concertation a notamment été précieuse dans la mise en œuvre d’actions-leviers de soutien à la chaine du livre dans le cadre de la gestion de crise sanitaire, et notamment la mise en place d’une grande campagne de sensibilisation appelée Lisez-vous le belge ? 
D’autre part, le décret 2019 sur la gouvernance culturelle a permis de mettre en place de nouvelles instances d’avis sectorielles.  La Chambre de concertation des Ecritures et du Livre en particulier constitue actuellement l’organe de référence sur lequel le Gouvernement peut s’appuyer pour mettre en place sa politique du livre, des Lettres et de la lecture.  
 
En guise de conclusion, je souhaiterais rappeler que la culture en général, et le secteur du livre qui nous occupe en particulier, demeure un secteur fragile dès lors qu’il ambitionne de promouvoir la diversité de la création et l’égal accès des citoyennes et des citoyens à l’écrit. Il s’agit pourtant de valeurs démocratiques non négociables auxquelles nous nous devons, en tant que Ministres de la Culture réunis dans le cadre de ces Etats généraux du Livre 2021 de Tunis, de rappeler tout notre attachement.
 
Je vous remercie de votre attention.